Des Dieux et Des Trolls

 

Du fait de son isolement insulaire par rapport au reste de l’Europe, l’Islande a été christianisée plus tard encore que les pays scandinaves continentaux. Cela s’est fait aux alentours de l’an 1000, sous la pression des rois norvégiens. D’abord catholique, puis protestant, le pays n’a cependant jamais totalement abandonné sa mythologie héritée des Vikings, ni un folklore persistant encore aujourd’hui. Un petit cours s’impose pour mieux apprécier ces survivances que vous constaterez de visu en vous rendant sur place !

 

La mythologie nordique

 

C’est au poète islandais Snorri Sturluson que nous devons la conservation des récits de l’ancienne religion des Scandinaves, très proche de celle des Germains (tout comme la religion de la Rome antique était très proche de celle de la Grèce). Bien que chrétien, il décida de compiler par écrit – dans un livre appelé L’Edda en prose – les aventures des anciens dieux afin de fournir aux autres poètes un fond dans lequel puiser pour composer leurs œuvres. L’Edda poétique, un recueil de poèmes plus anciens découvert au 13ème siècle, vient compléter le travail de Snorri.

 

On découvre un panthéon dont certains noms sont connus au-delà des frontières scandinaves : Odin, le Père-de-Tout (Alföðr en ancien norrois), un dieu borgne capable de prendre de multiples formes et qui voyage constamment en quête de la connaissance ; son fils Thor, dieu de la guerre courageux et impétueux dont les Vikings demandaient l’assistance avant de partir au combat ; Loki, frère adoptif de Thor issu de la race des Géants, dieu de la ruse qui se retournera contre sa famille d’adoption ; ou encore Frigg, épouse d’Odin et déesse de l’amour capable de prédire l’avenir.

 

Pour les Vikings, une mort héroïque sur le champ de bataille était un grand honneur qui garantissait d’être amené par les Valkyries au Valhalla, sorte de paradis des guerriers où ils pourraient se battre le jour et festoyer la nuit, en attendant le Ragnarök. Une des caractéristiques de la mythologie nordique est en effet que la fin des temps est connue de tous à l’avance : une grande bataille doit opposer les Dieux et les Géants. Odin, Thor, Loki, tous y mourront, et la quasi-totalité de l’humanité aussi. Les rares dieux survivants au massacre et le dernier couple humain permettront cependant de recommencer le monde à zéro… jusqu’au prochain Ragnarök. Il s’agit donc d’une conception cyclique.

 

Entre temps, de nombreuses aventures mettent en scène ces divinités attachantes et souvent proches des mortels dans leurs imperfections : un peu comme les dieux gréco-romains, ceux-ci se disputent et se jouent constamment des tours, Odin est un chaud lapin aux multiples amantes et Thor a un caractère colérique qui lui attire souvent des ennuis.

 

Le folklore

 

D’après certains sondages, environ la moitié des habitants du pays croit à l’existence des Elfes. Communément désignés sous le nom d’Huldufolk (le peuple caché), ils vivent dans les rochers et les falaises et mènent une vie semblable à celle des humains – y compris le fait d’aller à l’église le dimanche. Ils préfèrent rester invisibles, ne se montrent qu’en de rares occasions (généralement lors des solstices d’hiver et d’été) et il est très malvenu de les déranger. Pour ceux qui seraient tentés de rire, on conseille de consulter cet article ( https://www.theguardian.com/artanddesign/2015/mar/25/iceland-construction-respect-elves-or-else ) relatant les mésaventures des équipes de construction qui travaillaient en 2015 sur une route censée traverser un lieu habité par les Elfes dans le champ de lave de Gálgahraun. Quoiqu’elles fassent, le matériel ne cessa de dysfonctionner, jusqu’à ce que les constructeurs décident de décaler la route. Et là, plus de problème technique !

Les Trolls font aussi partie du folklore islandais. Objets d’une dévotion moindre que les Elfes en raison de leur laideur, ils sont cependant respectés et on dit qu’aider un Troll dans le besoin peut amener fortune et longue vie. Ils vivent dans les montagnes des Hautes Terres et ne se déplacent que la nuit, car la lumière du soleil les transformerait en pierre. Dans le nord du pays, il n’est pas rare de trouver des lieux-dits ou des routes de montagne dont le nom fait référence aux Trolls.

Enfin, quand arrive le 25 décembre, les petits Islandais s’attendent à recevoir des cadeaux, non pas de la part du Père Noël, mais des 13 Pères Noëls ! Appelés les Hommes de Yule (du nom de la fête pré-chrétienne du solstice), ils ont été assimilés à l’époque moderne au bonhomme vêtu de rouge qui traverse le ciel sur un traîneau mais leur origine est plus ancienne. Il s’agit de fils de Trolls dont les représentations varient. Parfois simples farçeurs, on leur prête aussi l’intention de dévorer les enfants qui ne sont pas sages. Ils jouent donc alternativement le rôle du Père Noël mais aussi celui du Père Fouettard.

 

Un monde enchanté et enchanteur

 

Depuis les années 70, certains ravivent l’ancienne religion nordique au sein de l’Ásatrúarfélagið (communauté de l’Ásatrú) qui regroupe à l’heure actuelle un peu moins de 1 % de la population. Et comme nous l’avons vu, de nombreux Islandais sont soucieux de ne pas importuner les créatures légendaires évoquées plus haut. Tous ces éléments contribuent au caractère unique de la culture islandaise, à la fois hautement moderne et très respectueuse des traditions.

Les commentaires sont fermés.